15/02/2018

Ils sont fous ces millionnaires !

L’actualité politique semble confirmer ce que je pressentais dans ma note précédente (disponible ici) : la thématique principale des élections cantonales 2018 sera essentiellement fiscale. Et voilà que la Tribune de Genève, dans son édition de hier, nous alerte sur la prétendue fuite des millionnaires. Il n’en fallait évidemment pas plus pour que notre cher Ministre des Finances ne s’engouffre dans la brèche et vienne nous rappeler combien la pression fiscale, à Genève, est intenable pour les plus fortunés.

Sauf que le langage des chiffres à ceci de commun avec le langage des fleurs : on peut lui faire dire à peu près n’importe quoi (j’emprunte lâchement cette expression pleine de bon sens à Michel Audiard). Car, comme le rappelle très justement mon éminent collègue et camarde Romain De Sainte Marie, si on se tient aux chiffres fournis par l’administration fiscale à la commission homonyme du Grand Conseil, le nombre de millionnaires à Genève n’a cessé d’augmenter ces dix dernières années!

Bref, au-delà de savoir qui a raison ou tort en ce qui concerne l’exil fiscal, demeure une question épineuse à laquelle je voudrais bien qu’on réponde : mais pourquoi donc y a-t-il encore des millionnaires à Genève, puisqu’ils croulent sous les impôts et auraient largement les moyens d’aller vivre sous des cieux fiscaux plus cléments ? Qu’est-ce qui les retient encore ici, alors que presque partout en Suisse – et dans de nombreuses autres villes d’Europe et du monde – ils ne vivraient assurément pas le même enfer contributif ?

La réponse figure presque dans la question : Genève offre un cadre de vie exceptionnel et un ensemble de prestations et de services qu’on ne trouve probablement nulle part ailleurs !

Carrefour géographique de l’Europe, notre canton est desservi par un aéroport international (à 7 minutes en train du centre-ville!).

On y trouve une Université de renommée mondiale (régulièrement classée dans le top 100), ainsi que des écoles publiques autant que privées d’excellente qualité.

Genève possède des infrastructures routières, ferroviaires, immobilières remarquables. On y vit en totale sécurité et on bénéficie des services publics cantonaux et communaux incroyablement fiables et efficaces.

L’offre sportive, culturelle ou de loisirs, été comme hiver, est pléthorique. On y trouve tous les commerces, tous les produits, tous les services, dignes d’une mégapole.

On n’oubliera évidemment pas les infrastructures sanitaires et la qualité de notre médecine, parmi les meilleures du monde.

Voilà quelques-uns des atouts de notre canton. Il y en a bien sûr plein d’autres ! Ce sont ces éléments, ce cadre de vie à nul autre pareil, qui fait que vivre à Genève est un privilège que les plus riches d’entre nous paient volontiers par une fiscalité un peu plus élevée. Mais le retour sur investissement, pour eux, est évidemment positif. Faute de quoi, ils seraient partis depuis longtemps.

Qu’on ne vienne donc plus nous faire du chantage à l’impôt et nous réciter à longueur de temps le petit catéchisme du parfait libéral. Ça ne prend plus.

Et donc, non, les millionnaires ne sont pas fous. Ils paieront probablement moins d’impôts à Dubaï, à Dublin ou à Lisbonne. C'est certain. Mais ils auront du mal à y trouver une qualité de vie égale à celle qu’offre Genève. Une qualité de vie qui a certes un prix. Mais un prix que chacun, au sein de la collectivité, doit être en mesure de payer selon ses moyens.

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05/02/2018

Genève, de la guerre fiscale à l’enfer social ?

Les thématiques de campagne varient sensiblement d’une élection à l’autre. Lors des cantonales de 2009, on se souvient que c’est la problématique de la sécurité qui avait tenu le haut du pavé. En 2013, ce sont les frontaliers qui faisaient l’objet de toutes les attentions. En 2018, il semble bien que l’enjeu principal de l’élection sera la question de la fiscalité. Il y a évidemment PF17, successeur de la malheureuse RIE3, renvoyée à l’expéditeur tant par l’électorat genevois que fédéral. Mais il y a aussi la pression politique mise par le PLR, qui souhaite une baisse d’impôts généralisée de 5%, ou par le Parti socialiste, qui souhaite abolir le bouclier fiscal dont bénéficient les plus fortunés.

Voilà donc que, pour les quelques semaines qui nous séparent des élections, la bonne vielle question de la fiscalité – sempiternelle pierre d’achoppement entre la gauche et la droite – redevient le thème fort de cette campagne. Quelque part, on ne peut que s’en réjouir. Car il s’agit bien là d’une thématique qui traduit des choix de société clairs, net et précis, sur lesquels les citoyennes et les citoyens de ce canton auront, sans ambiguïté, à se prononcer. Entendez par là que, dans les urnes, aux soirs du 15 avril et 6 mai prochains, les Genevois auront choisi, en connaissance de cause, à qui ils veulent confier les destinées de la République.

Aux tenants de la cure d’amaigrissement forcée et drastique, ou à celles et ceux qui défendent une fiscalité certes lourde, mais nécessaire au bien-être de toutes et tous ? La réponse se trouve évidemment dans la question…

  

Quand parlent les experts…

On rappellera en préambule que PF17, dans sa version actuelle, ce sont a minima 300 millions de moins pour l’Etat. Sur ce constat, tout le monde s’accorde. Les uns vous diront que ce n’est là que provisoire et que le dynamise d’une économie à laquelle une fiscalité plus avantageuse donnera un second souffle, se chargera de gommer rapidement le trou fiscal par de nouvelles rentrées. Les autres vous rétorqueront qu’il s’agit-là d’un pari risqué, au sujet duquel l’histoire nous démontre qu’il n’existe aucune certitude. Bien au contraire.

On en veut pour preuve le récent « Rapport sur les inégalités mondiales 2018 », coordonné notamment par le célèbre économiste français Thomas Piketty, et qui a fait beaucoup parler de lui dans les médias à la fin de l’année dernière. Cette étude, qui a mobilisé une centaine de chercheurs, issus de 70 pays, et traitant de plus de 175 millions de données, n’est pas a proprement parler un manifeste politique marxiste : c’est une enquête des plus sérieuses, menées selon des critères académiques et scientifiques stricts, par quelques-uns des plus éminents spécialistes en la matière. Leur constat ? Il est limpide : « La recherche économique et historique a montré que l’impôt progressif est un outil efficace pour combattre les inégalités. La progressivité des taux a pour double effet de réduire l’inégalité après impôts, mais aussi avant impôts, car elle décourage les hauts revenus de s’approprier une part toujours plus importante de la croissance en négociant des rémunérations excessives et en concentrant les patrimoines. Entre les années 1970 et le milieu des années 2000, la progressivité de l’impôt a été fortement réduite dans les pays riches et dans certains pays émergents. » (Synthèse du rapport, page 15).

On sera donc, dans le cas qui nous occupe, tenté de considérer les promesses de lendemains qui chantent promis par PF17 avec une certaine suspicion. A moins que, bien entendu, les avantages fiscaux accordés aux entreprises, ne puissent être compensé par des recettes. Mais, visiblement, cela ne semble pas être à l’ordre du jour… Et, en cas d’adoption, PF17 contraindra l’Etat à baisser drastiquement ses prestations. Avec les conséquences que l’on imagine.

 

Quel service public avec quels moyens ?

Se priver de 300 millions de francs, dans le contexte social et économique actuel, est une pure hérésie. Non seulement, comme indiqué plus haut, il n’y a aucune certitude quand à une éventuelle compensation par l’effet d’une prospérité future, mais il va bien falloir, entretemps, que l’Etat puisse faire face aux obligations qui sont les siennes. Et qui ne sont pas des moindres.

Avec 7'000 nouveaux habitants chaque année, notre canton démontre son dynamisme économique. C’est un fait. Cette croissance est le moteur de notre économie et de notre prospérité (n’en déplaisent à certains utopistes de du repli national qui pensent encore qu’on peut juguler ce phénomène). Mais, comme toute croissance, elle s’accompagne de besoins sociaux, économiques, environnementaux importants. Contrairement à ce que d’aucuns prétendent, Genève ne vit pas au-dessus de ses moyens : Genève est une « workink poor », qui ne gagne pas assez pour faire face aux dépenses qui lui incombent.

On pense bien sûr en premier lieu aux inégalités flagrantes qui frappent une partie croissante de notre population, et qui nécessitent un effort correctif important de la part de l’Etat : aide sociale, prestations complémentaires, subsides d’assurance-maladie, allocations logements. Voilà quelques unes des obligations – légales ou constitutionnelles – auxquelles nous ne pouvons nous soustraire et sur lesquelles il n’existe aucune marge de manœuvre. L’Etat éponge ici les déficits qu’une économie de marché, dans le contexte actuel, est incapable de juguler.

Mais l’aide sociale n’est de loin pas la seule politique publique impactée par notre croissance : besoins d’infrastructures scolaires, manque avéré de forces de police de proximité et d’intervention, mise en œuvre de la formation obligatoire jusqu’à 18 ans, coût de la santé et des soins, etc. Dans tous les domaines de l’action étatique, qui nous touchent finalement tous, les besoins augmentent massivement. Et on doit toujours faire plus avec moins. Au risque de renforcer une fracture sociale déjà bien présente, et qui se ressent au quotidien.

Au moment de glisser votre bulletin dans l’urne, les 15 avril et 6 mai prochains, choisissez bien à qui vous voulez confier les rênes de la République pour les cinq ans à venir. A vous de voir quel pari vous êtes prêts à faire pour l’avenir de notre canton.

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17/08/2017

Fêtes de Genève: le peuple imbécile

Chaque année, c'est la même rengaine, qui fleurit dans les conversations, les réseaux sociaux ou les médias en manque de sujets. Le débat gagne même sérieusement la sphère politique. C'en est trop! Trop moches, trop chères, trop bruyantes, trop longues... Pour une certaine intelligentsia bien pensante, les Fêtes de Genève sont LA manifestation à abattre. Trop populaires, trop beaufs, trop peuplées, trop fréquentées. Leur Rade, il la veulent neutre, froide, dépouillée, pure, triste, morte. Pas question d'y voir, 10 jours par an, le bon peuple se l'approprier pour s'y amuser. Alors, chaque année, ils reviennent à la charge. Chaque année, la même rengaine, donc. Qui m'insupporte.

Pourtant, personnellement, je n'aime pas les Fêtes de Genève. J'évite autant que possible de me retrouver coincé dans cette foule compacte qui fait la nouba au son assourdissant de David Guetta, entre remugles de kebabs et parfums de Bollywood. Les manèges me donnent le tournis, et il y a belle lurette que j'ai cessé de dépenser mes économies aux stands des forains pour tirer sur des canards en plastique.

Les Fêtes de Genève, ça n'est pas trop mon truc. Et bien tant mieux! Genève est bien assez grande pour que je ne sois pas forcé de m'y rendre! Mais je laisse avec plaisir ceux qui y font la fête s'amuser comme bon leur semble. Et, visiblement, il faut avouer que ça marche. Les Fêtes de Genève sont une manifestation populaire qui a son public, fidèle, d'année en année. Elles enchantent les enfants, les touristes et tous ceux qui profitent de l'été à Genève, au bord de la plus belle Rade du monde!

Et, au final, c'est ça qui compte. N'en déplaise aux esprits chagrins. Si les Fêtes les dérangent tant que ça, ils n'ont qu'à pas y aller.

Le coût, les nuisances, le concept, tout est systématiquement remis en cause avec une insupportable pédanterie par ceux qui rêvent que ce bon peuple joue au bridge plutôt qu'au Jass, lise Dickens plutôt Dicker, regarde Pivot plutôt qu'Hanouna, écoute Mozart plutôt que Maître Gims. Qu'il est bête ce peuple qui s'amuse! Imbécile même! Ces élites là, pourtant, qui se réclament d'une sorte d'orthodoxie culturelle avant-gardiste, feraient mieux de se pointer de temps à autres aux Fête de Genève pour y voir le peuple prendre du bon temps, simplement, dans la joie et la bonne humeur. Cela les aiderait probablement à accorder leur discours moralisateur aux envies et aux besoins de cette Genève dont ils escomptent être les hérauts, mais qu'ils refusent obstinément de chercher à comprendre...

Alors, oui, elles sentent le graillon nos Fêtes. Elle puent la frite, la bière, le mauvais vin. Tout y est affreusement kitsch, des terrasses en simili cuir où se trémoussent les play-boys, à la petite grande roue. Des gosses qui bouffent de la barbe-à-papa aux manèges pourris hors de prix. De ces stands moroses de junk-food libanaise, asiatique, italienne, éthiopienne ou argentine. Culturellement, effectivement, c'est à se taper la tronche contre les Pierres du Niton jusqu'à ce que mort s'ensuive. Mais qu'est-ce que les gens y ont l'air heureux! J'y suis passé le dernier dimanche, par hasard, pour profiter des quais libérés des moteurs. Et je m'y suis, étonnamment, senti bien. Au milieu d'une foule qui ne demande qu'à s'amuser. Rien d'autre. On n'enrichit pas son cerveau, aux Fêtes de Genève. Il n'y a pas de "concept", pas de "sens", pas de "finalité téléologique". Rien qu'une esplanade géante où on ne choisit de prendre que ce qu'on veut bien y trouver. C'est déjà pas si mal, non?

Les Fêtes de Genève déplaisent parce qu'elles plaisent. Et que, dans cette foutue cité de Calvin, toute tentative de divertissement qui ne répond pas aux sacro-saints canons de l'intellectualisme culturel, est systématiquement attaquée, salie, remise en cause. A Genève, on a du mal à accepter ce qui est simplement, bêtement ou naïvement populaire. 

Or, rappelons-le, en politique, s'éloigner du populaire, c'est souvent laisser la place au populisme.

A l'approche des élections cantonales, certains feraient bien de garder à l'esprit cette maxime.

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