09/09/2013

Faut-il pendre Carlos?

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Si on s’en tient aux commentaires haineux, inspirés par une presse de caniveau particulièrement pugnace, alors oui, Carlos, jeune délinquant zurichois, mérite assurément la corde. Il a quand même planté un poignard dans le dos d’un homme, puis en a renversé violemment un autre à vélo. Dans quel monde vivons-nous ? Alors que ce type semble être un véritable danger public, voilà que la collectivité finance à grands frais sa réinsertion ! Est-ce vraiment au contribuable de prendre en charge tous les frais – visiblement onéreux – qu’occasionnent les mesures de réhabilitation de ce jeune homme, alors que sa place est probablement à croupir au fond d’une cellule ?

Si on se place d’un point de vue strictement émotionnel, on a du mal à comprendre que Carlos puisse bénéficier d’un tel traitement, alors même que ses victimes, elles, vivent un calvaire et présentent d’importantes séquelles dues aux agressions subies. Il apparaît dès lors disproportionné que la société investisse tant de moyens pour les coupables, et si peu pour leurs victimes.

 

Pourtant, si on se place du point de vue de la société, justement, il est bien plus intéressant de considérer que les mesure utilisées pour tenter de réinsérer Carlos coûteront au final moins que ce que notre individu pourrait à l’avenir coûter en matière de frais d’emprisonnement, de procédures judiciaires ou de mesures de réinsertion socio-professionnelle.

 

Et cela nous ramène bien entendu à l’éternel débat du rôle de la privation de liberté : est-ce une simple punition qu’on doit infliger aux individus « déviants », ou bien est-ce aussi pour la société un moyen de travailler à la réhabilitation des ces mêmes individus ? Car toute la question est là et, suivant dans quelle perspective on se place, on aura une réponse radicalement différente.

 

Carlos est un vilain personnage. Personne ne le nie. Mais entre le voir croupir dans une cellule et lui offrir – non pas pour lui, mais pour notre société – le moyen de retrouver le droit chemin, mon choix est vite fait.

 

Dans le système pénitentiaire, comme dans bien des domaines de l’action publique, un franc investi permet souvent d’en économiser des milliers d’autres. Dans le cas de Carlos, même si les mesures peuvent sembler, a priori, disproportionnées, elles auront une utilité certaine pour la société.

 

N’en déplaise à certains juges pénaliste improvisés, notamment à l’extrême-droite de l’échiquier politique, qui préfèrent toujours faire appel aux émotions plutôt qu’à la raison.

 

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Commentaires

Contrairement à ce que vous insinuez, le rôle de la privation de liberté n'est pas de punir, et ne l'a jamais été. A quoi sert de punir ? Qu'est-ce que cela rapporte à la société ? Punir ne sert à rien et au contraire coûte très cher. Punir n'a jamais été un but recherché par le droit pénal.

Ce que cherche le droit pénal c'est à "dissuader" les individus à la morale déficiente de commettre des crimes ou des délits et de passer à l'acte.

En offrant l'immense soutien du type dont a bénéficié le dénommé Carlos vous mettez totalement à néant le rôle de dissuasion du droit pénal. le délinquant potentiel n'a plus aucune crainte de commettre un crime ou un délit et peut même y voir une porte de sortie de sa situation, s'il commet un délit il recevra une assistance dont il ne bénéficierait pas autrement, le délit devient alors la porte que l'on ouvre pour recevoir plus d'assistance.

Votre raisonnement est donc totalement contreproductif voir aberrant puisqu'il consiste tout simplement à détruire la fonction première et essentielle du droit pénal qui est de "dissuader" les délinquants potentiels de passer à l'acte. par votre message vous leur dite en quelque sorte de ne pas avoir trop peur d'être condamnné puisqu'après l'on s'occupera mieux de vous que si vous n'aviez rien fait.

Les raisonnements tels que le vôtre sont en train de détruire les fondements (universels) du droit pénal en Suisse.

Écrit par : quidam | 09/09/2013

@quidam:

Je vous remercie pour votre commentaire constructif.

Ceci étant, je suis en désaccord avec votre raisonnement.

Je ne remets pas en question le rôle dissuasif du droit pénal, bien au contraire. Mais je remets clairement en cause la pensée que la politique de privation de liberté (ce qui est très différent du droit pénal en lui-même) doit uniquement servir à punir les criminels.

Pour moi, il s'agit de protéger au mieux les intérêts de la société. D'où le fait d'investir dans la réinsertion et la réhabilitation. Non pas pour les individus qui en bénéficient, mais bien pour les bénéfices qu'en retire ensuite la société.

Bien à vous
Marko Bandler

Écrit par : Marko Bandler | 09/09/2013

"le rôle de la privation de liberté n'est pas de punir, et ne l'a jamais été."
N'importe quoi. Bien sûr qu'il s'agit aussi et surtout de punition, pour éviter la vengeance privée...

Écrit par : Géo | 09/09/2013

@quidam: Il n'y a pas de fondements universels du droit pénal. Les finalités de la peine sont plusieurs et l'accent sur l'une ou l'autre, ou toute combinaison, ont varié historiquement. Dans la vision moderne du droit pénal, on considère généralement quatre finalité dont deux ressortissent à ce que vous appelez la dissuasion et qui se déclinent en prévention spéciale et prévention générale (les autres étant effectivement la réhabilitation et la punition/réparation). Le problème est que l'efficacité de la "dissuasion" est globalement très faible et je doute que Marko Bandler y soit pour quelque chose.

Écrit par : Julien | 10/09/2013

@ julien

Il n'y a pas de fondement universel du droit pénal ?

Si vous levez un peu le nez de la théorie que l'on vous a probablement enseigné, vous vous apercevrez qu'il y a bien des fondements universels du droit pénal, que l'on peut voir comme des conditions d'existences si ne qua non(du droit pénal) qui se retrouvent partout (principe d'universalité).

Et la fonction de dissuasion est bien une condition d'existence si ne qua non de l'existence d'un droit pénal.

A moins que vous pouviez nous démontrer qu'il existe des droits pénaux qui sont à priori totalement dépourvus de la volonté de dissuader.

Mais je doute fort que vous puissiez nous présenter un droit pénal qui serait dépourvu de cette fonction...


§


Et quand vous dites que l'efficacité de la dissuasion du droit pénal serait très faible globalement je ne comprends pas précisément ce que vous voulez dire. si la dissusasion serait inefficace par principe ou inefficace dans les faits dans un pays considéré à un moment considéré.

Si votre idée était de dire que la dissuasion serait inefficace par principe, et donc inutile, alors je vous conseille de faire l'expérience d'aller vivre dans un endroit où pour une raison ou une autre il n'y a plus de droit pénal ni de dissuasion, et alors vous nous expliquerez ce qui vous est arrivé...


°°°
@ géo

Si le rôle cathartique que peut procurer la punition d'un agresseur à un lésé est bien réelle, et qu'historiquement le droit pénal paraît fondé sur cette raison, la punition en ce sens là n'est plus et de loin une des fonctions première du droit pénal. Croyez-vous vraiment que la collectivité consacrerait aujourd'hui autant d'argent à la punition dans le seul but de satisfaire les désirs de vengeance des lésés ? et sans aucune autre raison ?

Et que faite vous des punitions infligées (ex. amende pour excès de vitesse)sans qu'il y ait nécessité de combler des désirs de vengeance privée ???

Écrit par : quidam | 10/09/2013

Qu'on essaye de faire de la formation dans les prisons durant le temps de privation de liberté, je suis pour. Un détenu qu'on a occupé et formé sera toujours plus bénéfique qu'en l'étât.

Qu'on essaye de faire sortir de prison des innadaptés sociaux, qui ont fait des erreurs plus ou moins grâves, je suis assez contre. Pourquoi?

Aller demander à cette nouvelle jeune fille qui vient de subir le je m'en foutisme de notre belle justice des chances, à non ... on ne peut plus c'est vrai, elle est morte.

La vie n'a pas l'air d'avoir une grande valeur au yeux des pontes de la réinsertion. Dômmage que les victimes soient moins prises en compte que les criminels. Suisse, paradis pour délinquants en tout genre, couverts par nos beaux idéalistes qui voient un grand avenir pour tous nos criminels.

RIP Adeline et les autres qui suivront.... Que l'on puisse un jour pardonner notre manque de logique.

Écrit par : Horn Gilles | 13/09/2013

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