13/09/2013

Sortez vos millions, Monsieur Quennec!

charmilles 1.jpgJe suis un enfant du Servette. J’ai grandi au stade des Charmilles.

 

Si les idoles des jeunes amateurs de football d’aujourd’hui s’appellent Messi, Ribéry, Ronaldo ou Balotelli, les dieux de ma jeunesse se nommaient Burgener, Barberis, Schnyder et Sinval. J’avais le sang grenat.

 

Genève avait un club de football qui rassemblait les foules. Il n’était pas rare de voir notre bon vieux stade dépasser les 20'000 spectateurs pour des matches d’anthologie. Servette semblait, à cette époque, presque invincible.

 

Epoque bénie où les footballeurs étaient des êtres humains accessibles et pas des machines à rapporter de l’argent. Epoque bénie où le football avait une âme.

 

Aujourd’hui, suite aux déboires financiers d’escrocs ou de bonimenteurs éloquents, Servette n’est plus qu’on nom sur une équipe qui ne fait plus rêver personne, si ce n’est d’irréductibles aficionados qui croient encore et toujours à la résurrection d’un club qui n’en finit pourtant pas de descendre vers l’abîme. Je n’ai pas leur courage et Servette ne signifie plus grand chose pour moi depuis que l’ambition mégalomaniaque de quelques uns a pris le dessus sur l’âme d’un club certes ambitieux, mais avant tout populaire.

 

Personne n’osera décemment prétendre que le Servette d’aujourd’hui a un quelconque rapport avec celui d’il y a 30 ans.

 

En cause, je l’ai dit, les fantasmes de grandeurs de quelques malandrins qui pensaient pouvoir, à coup de millions – qu’ils n’avaient pas ! – transformer notre petit mais solide club local en machine à produire du rêve. Et de l’argent, bien entendu.

 

Le rêve s’est rapidement transformé en cauchemar, et Servette a plongé dans le gouffre (Bonjour Christian Lüscher !).

 

Comme si cela n’avait pas suffi, les egos surdimensionnés de quelques uns de nos dirigeants ont pensés qu’il serait judicieux d’offrir à ce club zombie un écrin digne de sa déchéance. On a donc construit le Stade de Genève. Un petit bijou de modernité de 35'000 places à 120 millions, aux frais du contribuable.

 

Il fallait en effet pouvoir offrir aux si nombreux spectateurs du Servette (5'000 au maximum par match…) des tribunes chauffées, où le champagne coule à flots et où les gens de bien se retrouvent pour discuter affaire devant un bon cigare.

 

Las, ce stade de luxe a vu le jour et a permis à Genève d’accueillir fièrement trois matches capitaux de l’Euro (République Tchèque – Turquie, quelle affiche !)… dans lequel la Suisse a brillé durant 6 jours avant d’être lamentablement éliminée…

 

Ce Stade de Genève est une absurdité. Incapable d’accueillir des manifestations d’envergure (combien de grands concerts en 10 ans ?), boycotté à demi-mots par l’ASF, construit avec des matériaux douteux dans une architecture stalinienne, et voici que Monsieur Quennec ose aujourd’hui venir nous nous dire qu’il faut allonger la facture de 35 millions pour pouvoir le rendre opérationnel ! On croit rêver…

 

Alors que le canton ploie sous les restrictions budgétaires drastiques et que bien des investissements sont retardés (comme par exemple la réfection urgente du Cycle du Renard, qui tombe littéralement en ruine) il faudrait sortir rien moins de 35 millions pour faire fonctionner le seul stade au monde dans lequel ce seront bientôt les joueurs à connaître le nom des spectateurs. Cette demande est purement et simplement indécente.

 

Peut-être devrons-nous rentrer en matière le jour où Servette redeviendra le club populaire qu’aimait tout un canton, avec passion. Mais ce Servette-ci, il devrait déjà s’estimer heureux de pouvoir disposer d’un écrin à la hauteur de son talent.

 

Sortez vos millions, Monsieur Quennec. Les genevois ont déjà trop donné à ce stade-là.

 

 

 

 

 

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Commentaires

Le Servette, relique d'un autre monde? Oui tout à fait. Le Servette qui gagnait et qui attirait la foule est bien mort, pour le moment. La faute à qui?

A ses dirigeants qui ont plombés le club ? Plus que tout, oui. La faute au naïf également qui ont cru qu'un club Suisse pouvait rapporter gros sans sponsors ni rentrées d'argents derrières.

Au suporters? Oui également. Grand suivants du club dans les années de gloire qui se sont évapporés comme pluie au soleil dès que les choses se sont compliquées. Sans supporters, pas d'entrées, pas d'argent.

Quennec serait content de payer autant pour ce stade ? Malheureusement, je ne le pense pas. Le club est lié par un contrat avec le stade de la Praille, contrat qui n'a pas été signé par le propriétaire actuel, mais par son prédécésseur qui est actuellement en exil chez nos voisins français.

Il ne faudrait tout de fois pas oublier que ce même homme qui devrait assumer à l'heure actuelle est une des deux personnes qui a réussi à sortir le GSHC de sa béatitude. Club qui aujourd'hui fait venir les foules et qui a valorisé le hockey dans notre ville.

Alors avant de porter des jugements sommaires tels que, "Sortez vos millions, Monsieur Quennec", il faudrait penser qu'un club ne s'en sort jamais sans son public.

Ici, c'est Genève!!!

Écrit par : Horn Gilles | 13/09/2013

Même si je vous rejoins sur l’essentiel de vos conclusions, je pense qu’il faut aussi se garder d’idéaliser le passé. Savez-vous par exemple que Servette n’a jamais attiré autant de monde que lors de la saison 2011-2012 ?
Au cours des années 1980 (le Servette de Burgener puis Sinval), la barre des 20 000 spectateurs n’a JAMAIS été atteinte. Il y a 30 ans, on déplorait déjà le manque d’engouement autour du club, en dépit de bons résultats.
Je pense simplement que quand on est enfant, on voit certaines choses mais on n’en voit pas d’autres.
Les chiffres sont disponibles sur :

http://enfantsduservette.ch/2012/12/27/moyennes-de-spectateurs-et-affluences-record-pour-les-matchs-du-servette-fc-a-domicile-1955-2012/

Écrit par : Germinal Walaschek | 16/09/2013

@Monsieur Walaschek:

Merci pour votre commentaire.

Visiblement, nous n'avons pas vu Servette dans le même stade:

- 1979: Servette-Zürich = 22'500 spectateurs
- 1979: Servette Düsseldorf = 23'000 spectateurs
- 1985: Servette Aberdeen = 25'000 spectateurs

Juste quelques exemples... tirés des archives internet du FC Servette...

Cordialement

Écrit par : Marko Bandler | 16/09/2013

Bonjour,

J’ai bien précisé que ma remarque sur les spectateurs s’appliquait aux années 1980, dans les années 1970, la barre des 20'000 a effectivement été franchie à quelques reprises pour les grands matchs européens et des matchs de championnat, mais je vous rappelle que ces trois dernières années elle a aussi été franchie (barrage contre Bellinzone, dernier match de championnat en mai 2012 contre Bâle).

Par contre, je ne sais vraiment pas où vous avez vu 25'000 personnes contre Aberdeen, peut-être au match retour en Ecosse (je n’y étais pas), mais aux Charmilles il n’y en avait que 7’500. Je réaffirme qu’il n’y a jamais eu 20'000 personnes pour Servette à domicile dans les années 1980.

Encore une fois, je ne conteste pas du tout que le stade de la Praille est trop grand et trop cher et que les pouvoirs publics n’ont pas à le financer ad vitam aeternam. Reste à sa voir qui a voulu le construire. Le club ? les autorités ? hmm.

Par contre, je trouve que votre vision idéalisée d’un Servette populaire « à une époque bénie où les footballeurs étaient des êtres humains accessibles et pas des machines à rapporter de l’argent » me paraît vraiment relever d’une nostalgie de l’enfance et ne pas résister à l’examen des faits.

Concernant les affluences, comme je l’ai déjà évoqué, c’est un mensonge de faire croire qu’il y avait plus de monde il y a trente ans, les moyennes tournaient autour de 6000-7000, soit un chiffre rigoureusement exact à celui de la saison passée qui fut pourtant calamiteuse sur le plan sportif. Dans les années 1970, on déplorait déjà la concurrence de la télévision qui vidait les stades puis dès le tout début des années 1980, le thème « Servette, un club riche mais sans âme et sans soutien populaire » était un leitmotiv récurrent dans la presse ou ailleurs.

Concernant les footballeurs qui n’étaient pas des machines à rapporter de l’argent, admettons oui, mais ils étaient surtout, jusqu’au milieu/fin des années 1970 pieds et poings liés contractuellement avec leur club, sans possibilité de rompre leur contrat comme tout autre employé normal sur le marché du travail. Ce régime a finalement été cassé par le TF (plusieurs journaux ont alors parlé de la fin du régime des esclaves blancs), de nombreux joueurs ont été victimes dans leur carrière de la tyrannie des clubs qui, pour différentes raisons y compris financières, ne leur reconnaissaient pas des droits élémentaires. Je pense qu’il ne faut pas l’oublier non plus, les vilains jeux autour des transferts ne datent pas d’aujourd’hui.

Concernant l’ambition mégalomaniaque des dirigeants servettiens, n’oubliez pas qui finançait le Servette qui vous a autrefois tant fait rêver, la différence principale est qu’il n’y avait pas encore à l’époque la crise économique, les fortunes se faisaient « facilement » dans l’immobilier en particulier (ou la banque) et cela alimentait le football. Bien sûr, dans les années 1990, avec les droits de télévision élevés à l’étranger, la dérégulation des transferts, la financiarisation du football a encore davantage pris son essor, ouvrant la voie à des margoulins et à des faillites. Cela dit, cela fait néanmoins bien longtemps que l’argent est le nerf de la guerre...

Je pense qu’un enfant qui va à la Praille aujourd’hui ressent à peu près la même magie que vous il y a trente ans, simplement, il n’a pas la chance de voir un Servette qui gagne. Une fois adulte, il pourra jeter un regard critique sur cela...

Cordialement

Écrit par : Germinal Walaschek | 17/09/2013

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