17/10/2013

Reconstruire Genève

populistes.jpgLe MCG est un parti d’extrême-droite. L’UDC aussi, d’ailleurs.

Le dire change-t-il quelque chose ? Pas vraiment.

Ça n’est certainement pas ce type de déclaration – même vraie – qui fera prendre conscience à l’électorat de ces partis qu’ils feraient mieux de voter avec leur cervelle qu’avec leurs trippes. Pire, ils joueront avec plaisir les victimes expiatoires d’une intelligentsia qui n’a pas d’autres arguments politiques que la stigmatisation à outrance et la diabolisation de ses adversaires. Et ils auront, d’une certaine façon, raison.

Etre « populiste », contrairement à ce que prétendent les ténors de ces partis, qui se mettent soudain à la grammaire spontanée, ne signifie pas « être du peuple ». Ça, c’est le mot « populaire » qui le dit. De même qu’un « cuisiniste » n’est pas un type qui mitonne des bons petits plats, ou qu’un « fumiste » n’est pas un être composé de matière fécale. Le populisme est une notion politique tout à fait limpide, qui signifie simplement qu’on masque son absence de vrai programme politique au travers d’un langage simplificateur à l’extrême, qui parle aux gens et qui flatte leur frustration plutôt que leur raison.

Mais là non plus, l’argument ne sert à rien. Les électeurs se foutent royalement des étiquettes. Seul le message les intéresse. Ou plutôt, l’absence de message, qui permet de dénoncer tout et n’importe quoi, de stigmatiser n’importe qui, en se faisant les chantres d’un prétendu bon sens populaire, et en cultivant la haine des élites qui sont, c’est bien connu, toutes pourries et corrompues par l’exercice du pouvoir. Peu importe qu’on élise les lanceurs d’eau, les homophobes ou les tenanciers de bars à champagne. Plus c’est gros, et plus ça passe. Peu importe la décence et la responsabilité, l’éthique personnelle et l’engagement altruiste. Ce qui compte, c’est le salutaire coup de pied dans la fourmilière politique. Le défouloir électoral. L’expression du ras-le-bol, même sans passer par la case suivante, celle du programme politique. Quand tout va mal, quand les responsables du malheur de tous – les « Roumains » et les « Frouzes » – sont clairement identifiés, ça fait tellement du bien de se dire que ceux qui vocifèrent sans retenue au dessus de la mêlée, sont certainement les plus à même de résoudre les problèmes de genevois.

On sait que ça n’est pas vrai, mais on vote quand même pour eux. Par désespoir. Par frustration. Par sentiment d’abandon.

Car la force des populistes – qui votent le bras levé tous les projets politiques antisociaux (encadrement diminué dans les crèches, suppression du RMCAS, etc.) – c’est de faire croire qu’ils sont le seul mouvement capable de sortir Genève du marasme dans lequel ils l’ont eux-mêmes plongée ! Ça, effectivement, c’est un magnifique tour de force ! Entretenir les déséquilibres sociaux, pour mieux pouvoir ensuite en profiter pour déverser leur fiel et désigner avec fureur les responsables de la situation.

Aujourd’hui, il faut entendre ce cri d’alarme lancé par la population afin d’enrayer la machine à gagner des populistes. Il faut cesser de mener campagne sur des sujets qui dépassent ou n’intéressent pas les genevois. Il faut revenir au terre-à-terre, au factuel, au plus pressant. Il faut combattre les slogans démagogiques avec des propositions concrètes, des projets ambitieux qui redonneront aux genevois la confiance qu’ils ont perdue dans l’action publique responsable.

En cela, il faudra commencer urgemment à stopper l’hémorragie antisociale qui frappe notre canton : explosion de l’aide sociale, taux de chômage qui ne recule pas, constructions de logements insuffisantes, baisse constante des prestations étatiques couplées à l’augmentation lancinante et pernicieuse du coût de la vie. Il faut que Genève comprenne que ce ne sont ni les « Roumains », ni les « Frouzes », qui sont la cause de la baisse de leur qualité de vie.

Mais bien des choix politiques, qui sont portés à tous les niveaux par les populistes démagogues et leurs alliés.

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Commentaires

On dit q'une des caractéristiques des mouvements d'extrême-droite est la peur ou le refus du métissage. Comment alors expliquez-vous que le MCG ait présenté comme candidats au Grand Conseil douze personnes d'origine arabe ?

http://www.mcge.ch/mcge/?page_id=2084

Écrit par : quidam | 17/10/2013

Oui, mais tous ces candidats se retrouvent en fin de liste dans les résultats du scrutin.

Écrit par : Jean-Michel Bugnion | 17/10/2013

@quidam:

Merci pour votre commentaire.

Je ne crois pas que la qualification d'extrême-droite se résumé à une question d'appartenance "ethnique", loin de là!

L'extrême-droite prône avant tout l'exclusion et le rejet des problèmes sur une ou plusieurs catégories de la population. Mais pas sur toutes.

Bien à vous

Écrit par : Marli Bandler | 17/10/2013

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