18/01/2016

Diminuer les subventions aux associations, c’est tuer le social !

Dans son projet de budget 2016, le Conseil d’Etat souhaitait diminuer de 5% les subventions versées aux associations (on ne reviendra pas ici sur l’absence de clairvoyance d’un exécutif cantonal qui substitue au choix politique l’uniformité d’une coupe linéaire). Dans le domaine du social, comme le fait justement remarquer un récent rapport commandé par les associations membres du "Collectif d'associations pour l'action sociale" (CAPAS), cette coupe aurait des conséquences désastreuses, dont les coûts seraient directement imputés à l’Etat. En d’autres termes, diminuer le subventionnement de ces associations, c’est alourdir encore le travail des administrations, qui sont déjà surchargées à Genève en matière d’action sociale. L’Etat se tirerait donc une belle balle dans le pied !

 

Une spécialisation nécessaire

On aurait bien tort de voir dans ces diverses associations de simples aspirateurs à subventions, qui s’occupent dans leur coin de tâches que, finalement, l’Etat devrait lui-même assumer. D’aucuns les voient comme des collectifs auto-proclamés d’institutions ayant vocation à concurrencer le service public, et à réclamer des subventions pour assurer leur fonctionnement. Cette idée est non seulement réductrice, elle est même carrément fausse !

La plupart de ces associations ne sont pas crées pour concurrencer l’Etat, mais bien pour pallier ses faiblesses et agir dans des domaines où il est soit impuissant, soit débordé, soit moins compétent (cela existe !). Elles n’ont pas vocation à se substituer à lui, mais bien à agir en complémentarité. Et c’est là toute la richesse de ces organismes, qui offrent des prestations de qualité, dans des domaines souvent ultraspécialisés, et qui apportent une énorme plus-value à notre système de protection sociale.

 

Des exemples ? Il y en a pléthore !

Tout professionnel de l’action sociale sait qu’il n’existe personne qui ait suffisamment de compétence pour embrasser à lui seul l’immense complexité de notre système réglementaire et juridique. Le social est une jungle, en perpétuelle évolution, et qui nécessite un ajustement et une mise à jour presque quotidiens des savoirs et des compétences. Nul ne peut à lui seul suivre ce rythme. L’assistant social « Superman » n’existe que dans la fiction. Dans la réalité, il se base sur d’abord sur ses compétences propres, et n’hésite pas à faire appel à des associations ou organismes extérieurs pour des domaines ou des prestations spécifiques, qui demandent des compétences pointues.

De même qu’un bon cuisinier sait probablement faire un dessert, il aura tendance à confier cette tâche à un pâtissier. De même qu’un bon avocat connaît le droit à fond, il conseillera de confier une plaidoirie délicate à un pénaliste. De même qu’un bon attaquant d’une équipe de foot marque des buts, il ne peut rien faire sans ses coéquipiers.

Dans le social, c’est un peu la même chose : on ne travaille bien qu’en réseau, en confiant aux spécialistes des tâches qu’ils connaissent à fond. Et le réseau constitué par le CAPAS regorge de ces compétences si précieuses à l’action sociale !

 

Lorsqu’il s’agit de questions d’endettement, on consultera volontiers CARITAS ou le Centre social protestant (CSP), qui ont non seulement une expérience avérée dans le domaine, mais bénéficient également d’un fond de désendettement particulièrement précieux et efficace.

Lorsqu’il s’agit de questions sur les titres de séjours – secteur extrêmement complexe et en constante évolution – on fera appel aux compétences reconnues du Centre de contact Suisses-Immigrés (CCSI).

Lorsqu’on se retrouve face à des personnes sans-papiers, dans une situation de détresse financière et sociale, quels autres lieux que le Bateau Genève ou le Caré, pour leur offrir soutien et réconfort ?

Lorsqu’on se retrouve – c’est fréquent ! – face à des personnes sans-abri, il n’y a souvent que l’accueil de nuit de l’Armée du Salut pour offrir un toit.

Lorsqu’on a à faire avec des femmes migrantes allophones, on les orientera vers les cours de français de Camarada, qui leur offrira en outre un soutien et une écoute rassurants.

 

Ce ne sont là que quelques exemples – de quelques prestations – qui sont offertes par ces associations, sans lesquelles l’action sociale, à Genève, serait bien limitée. Sans cette aide, ces compétences, cette disponibilité – et les milliers de bénévoles qui leur permettent de fonctionner – il serait bien plus difficile, pour les plus précarisés d’entre nous, de trouver leur place.

Couper les subventions à ces associations – et aux nombreuses autres qui ne sont pas mentionnées ici – c’est attaquer directement les plus précaires. Pas la précarité, qui ne cesse pourtant de croître dans notre canton, si j’en crois les chiffres de l’aide sociale (+60% en huit ans !).

Ces associations s’engagent pour la dignité de chacun-e. Leur action est aujourd’hui plus que nécessaire !

 

 

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