11/02/2016

La (pathétique) chasse au Jornot est ouverte !

Jornot.jpgComme beaucoup de Genevois-e-s (environ un tiers, si j’en crois les dernières élections), je ne porte pas particulièrement Olivier Jornot dans mon cœur.

Le personnage est volontiers rigide et cassant. Son parcours politique et ses prises de position le classent systématiquement à l’extrême-droite du PLR (ou au centre de l’UDC, c’est selon). Dans sa jeunesse, il a même été un sympathisant actif du parti fasciste « Vigilance ». Bref, ça n’est probablement pas avec Olivier Jornot que je passerai mes prochaines vacances. Nous n’avons en effet pas grand-chose en commun…

Ceci dit, que le Procureur Général joue au Chippendale avec un verre dans le nez lors d’une soirée de boite, cela m’importe finalement assez peu. Qu’il soit un ange ou un vilain non plus. Qu’il partage sa couche avec une collègue, encore moins.

Je n’aime pas Jornot pour des raisons politiques, et c’est sur le seul plan de la politique que je me permettrai de l’attaquer. C’est d’ailleurs le seul dont il a à répondre devant les citoyen-ne-s qui l’ont élu ! Avec, bien entendu, l’obligation stricte de respecter scrupuleusement la Loi, dont il est le premier serviteur de la République. Au-delà de ces considérations, Olivier Jornot est libre à mes yeux de mener la vie qu’il entend, sans avoir à souffrir des odieuses attaques moralisatrices dont notre République a, depuis Calvin, fait sa triste spécialité.

Bien sûr, Jornot est un personnage public, et cela nécessite une retenue qui soit en phase avec la fonction qu’il occupe. Mais cette retenue doit s’appliquer à sa charge de Procureur Général, pas à sa vie privée. Qu’il se prenne des cuites, c’est son droit le plus strict. Qu’il viole la loi, non. Qu’il fasse un striptease sur une piste de danse, peu m’en chaut. Qu’il contourne les procédures, c’est autre chose.

Bref, j’attends d’Olivier Jornot qu’il fasse au mieux le boulot pour lequel il est payé par le contribuable, et pour lequel celui-ci l’a élu. Les moralistes qui le jugent sur ce qu’il fait de ses soirées ou de ses journées devraient s’en tenir à ces faits, même s’ils heurtent la sacro-sainte morale qui empoisonne depuis trop longtemps le débat politique à Genève.

Sur les autres affaires qui lui sont reprochées, et qui commencent à poindre dans la presse, c’est là une toute autre affaire, qui concerne visiblement des questions où Jornot se trouve en délicatesse avec la loi. Là, clairement, il devra, le cas échéant, répondre de ses actes.

Mais qu’on le laisse danser, coucher ou boire avec qui il veut.

Je me refuse de participer à la sauterie orchestrée par des charognards à la morale facile et bien souvent sélective.

D’autres sont tombés pour moins que ça, je le regrette. Paradoxalement, d’aucuns sont encore en poste, alors qu’ils déshonorent à longueur de journée, sur les réseaux sociaux notamment, les fonctions qui sont les leurs !

Si Jornot doit tomber, que ce soit par les urnes, ou bien par le droit. Mais pas par la morale.

 

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Commentaires

"D’autres sont tombés pour moins que ça, je le regrette."
Par exemple?

"Paradoxalement, d’aucuns sont encore en poste, alors qu’ils déshonorent à longueur de journée, sur les réseaux sociaux notamment, les fonctions qui sont les leurs !"
Des noms, s'il-vous-plaît, et surtout que leur reprochez-vous? Vous en avez trop dit ou pas assez.

Apparemment cela ne vous dérange pas que le procureur général conduise en état d'ivresse? Je ne comprends pas que vous insistiez sur la morale alors que des faits graves mettant en question le respect de la loi ont été dévoilés. Curieusement vous ne faites que les évoquer alors que vous vous étendez longuement sur les frasques du monsieur. N'y a-t-il pas là comme une contradiction dans votre propos? Et c'est de la dernière hypocrisie de vouloir séparer vie publique éminente et vie privée. Quand on se donne en spectacle, ce n'est plus de la "vie privée". Savez-vous ce que les mots "respect" et "dignité" signifie? Tant pour la fonction que pour la personne qui occupe cette fonction. Maintenant quand un conducteur sera pris en état d'ébriété, il pourra faire valoir auprès du procureur général la jurisprudence Jornod: "J'étais en état de conduire."

Ce monsieur doit démissionner sans attendre qu'il y soit contraint.

Écrit par : Charles | 11/02/2016

par les urnes ou par les burnes le P.G. va certainement sortir de la scène la question , quelle tenue ?

Écrit par : briand | 11/02/2016

La tourbe scélérate est toujours prête à sacrifier une victime expiatoire à l'approche des Ides de Mars.Tu quoque mi fili ?

Avec vous, "Je me refuse de participer à la sauterie orchestrée par des charognards à la morale facile et bien souvent sélective".

Cela, d'autant plus que "Le voisinage d'un appartement contigu de sa bien-aimée ne fait pas de l'amoureux un délinquant, pas plus que son nouveau "ménage commun" ne saurait frapper de nullité les décisions du Parquet, si l'on en croit les avis de droit de ténors du Barreau."

http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/23356930

Écrit par : Jacques-André Widmer | 11/02/2016

@Charles:

Je vous remercie pour votre commentaire.

Je vous réponds sur les points évoqués:

- ceux qui sont tombés pour moins que ça? Mark Muller, par exemple, dont le crime fut d'avoir menti au sujet d'une partie de jambes en l'air dans les lieux d'aisance d'une boite de nuit. Ceux qui devraient tomber? Allez donc voir sur Facebook les propos diffamatoires, calomnieux et tombant systématiquement dans le pénal, de quelques députés, notamment dans les rangs de l'extrême-droite populiste.

- Sur Jornot, relisez-moi. Ce qui relève du pénal doit être traité par le pénal. S'il a conduit en état d'ivresse, il doit en payer le prix. Mais lui reprocher d'offenser la morale en se trémoussant sur une piste de danse, alors là, je m'y refuse fermement. Je ne dis pas autre chose dans ma note.

Bien à vous
Marko Bandler

Écrit par : Marko Bandler | 12/02/2016

Monsieur Bandler,

Je vous remercie pour vos réponses détaillées. Malheureusement ce n'est pas un crime de mentir (sauf aux États-Unis à ma connaissance dans une déclaration à la police). Malheureusement le mensonge est omniprésent dans la vie politique de tous les pays, jusque devant l'assemblée générale des Nations Unies. Est-ce une raison d'accepter le mensonge de la part d'un magistrat? Mais vous me semblez minimiser grandement la cas de Monsieur Muller. Selon les informations présentées ici,
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mark_Muller
il y a bien plus qu'un mensonge. Comment appelez-vous ce fait rapporté: "Quelques mois après son emménagement (dans un logement sous-payé), Muller a déposé une loi permettant de débloquer un projet piloté par Epiney, succédant à quatre autres lois permettant la création de 121 logements." Dans l'affaire du Moulin à Danse, il y a eu agression. Ce n'est pas une affaire de moeurs ou de mensonge, mais un délit qu'il a fini par admettre face aux témoignages. Et une troisième affaire est mentionnée. Sommes-nous dans une république bananière Monsieur Bandler? Comment pouvez-vous écrire "pour moins que ça"? Être honnête est aussi une affaire de morale.

Pour le reste désolé, mais je n'ai pas accès à Facebook.

Je n'ai pas besoin de vous relire. Je continue à m'étonner que votre texte ne porte pratiquement que sur les questions de morale, en omettant les questions relatives à la loi et pas seulement au code pénal:
1) conduite en état d'ébriété.
2) menace ou tentative d'intimidation à l'encontre de Monsieur Nydegger.
3) ménage commun ou, à tout le moins relation affective et financière (un partenariat en quelque sorte), avec une procureure sous ses ordres.
4) demande d'annulation d'actes de procédure par rapport au point 3.
Ces quatre points ne relèvent pas de la morale, mais de la loi. Vous évoquez bien en un seul paragraphe des problèmes à l'égard de la loi, mais sans entrer dans les détails, alors vous vous étendez en longueur sur la question de la morale. Le contraire eut été bien plus logique si vous aviez à coeur la défense de nos institutions.

Pour moins que ça? Il me souvient d'un enseignant qui a été licencié pour moins que ça dans un canton voisin. Une photo d'un goût fort douteux, la bêtise étant universelle. Mais passible d'aucune sanction pénale.

Sur la conduite en état d'ivresse, vous savez pertinemment qu'aucune sanction pénale ne sera possible, car il n'a pas été pris sur le fait ni son taux d'alcoolémie vérifié. Dorénavant toute sanction relative à une telle conduite pourra faire l'objet d'une contestation du fait de ce précédent. Une personne chargée de sanctionner les manquements à la loi n'est plus crédible quand elle prend elle-même des libertés avec la loi.

Vous avez choisi de prendre sa défense. C'est votre choix. Mais on peut se poser des questions sur votre choix.

Je pense que les magistrats qui exercent de telles fonctions doivent être insoupçonnables. Laissez aux schizophrènes la séparation entre vie publique et privée. La charge publique est exercée 24 heures sur 24. Et je regrette qu'il n'existe pas une procédure de recall comme en Californie pour le gouverneur.

Bien à vous.

Écrit par : Charles | 12/02/2016

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