14/11/2016

Les sondages ne mentent jamais! Ceux qui les interprètent en revanche...

B9710173703Z.1_20161108124921_000+GOR7USDKI.1-0.jpgMi-avril 2002. Premier tour de l’élection présidentielle en France. Les sondages donnent Jospin à 17% et Le Pen à 14%. Chirac et ses 20% est loin devant. Au soir du 22 avril, Chirac fera effectivement 19.88%, mais Le Pen sera au second tour avec 16.86%, contre seulement 16.18% à Jospin. Séisme politique ! Le lendemain, on tirera joyeusement à boulets rouges sur les instituts de sondage et on verra même l’immense Pascal Perrineau, l’un des plus brillants politologues français, descendre dans l’arène médiatique pour expliquer ce décalage entre prévisions et résultats. Il sera inaudible. Et pourtant, que de choses intelligentes il avait à dire…

Novembre 2016. Election de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. Immense surprise pour les uns, résultat largement explicable pour les autres. Là encore, la science des sondages se fait allègrement massacrer… comme si elle était coupable d’un résultat… qu’on ne voulait pas…

Pourtant, pour quiconque s’y connaît un peu en la matière (ce qui est modestement mon cas, pour l’avoir longtemps enseignée), la science des sondages ne diffère d’aucune autre science. Entendez par là que c’est tout sauf une science exacte ! Les sondages ne se trompent pas. C’est l’interprétation qu’on en fait qui est mauvaise !

Lors de l’élection américaine, les sondages ont montré que Clinton a toujours eu un avantage – certes léger mais conséquent – sur Trump. Et d’ailleurs, le résultat final ne nous a pas trompés, puisqu’elle a terminé avec 200'000 voix de plus que son adversaire ! Sa non élection – comme celle de Al Gore en 2000 – n’est pas due à son score, puisqu’une majorité de ses concitoyens l’a préférée à son adversaire, mais au système particulier de l’élection américaine (Grand électeurs). Les sondages ont donc eu raison. Mais ils auraient pu tout aussi bien avoir tort, sans pour autant que leur légitimité soit remise en cause. Comment ?

En effet, tout sondage entre deux options faisant apparaître des opinions proches (50/50) voit la marge d’erreur entre les résultats attendus augmenter. Si Trump avait été à 80% et Clinton à 20%, cette marge aurait été bien plus faible et on aurait pu sans autres affirmer sans trop de peur un résultat proche de la réalité. Il s’est finalement passé pour l’élection Clinton/Trump la même chose que pour l’élection Présidentielle de 2002 : la marge d’erreur était trop importante pour qu’on puisse en tirer une conclusion péremptoire.

Cela, les instituts de sondage et les politologues le savent bien. Ils le disent généralement haut et fort. Le problème ne vient dès lors pas de leur méthodologie d’enquête – laquelle a depuis longtemps été maintes fois éprouvée. Elle vient de l’analyse qu’on en fait. Et c’est là où le bât blesse ! Car lorsque des résultats sortent, ce sont plus souvent les journalistes, les chroniqueurs, les analystes auto-proclamés qui prennent la parole. Avec leur subjectivité proverbiale et leur volonté de prophétie autocréatrice. C’est la méthode Coué. Clinton est en tête, elle va gagner. Litanie servie jusqu’à l’overdose par ceux qui prenaient leur désirs pour des réalités. Qui de par nos contrées préfère en effet Trump à Clinton ? Qui préférait Le Pen à Jospin ?

Les enquêtes d’opinions électorales, lorsqu’elles sont bien faites (échantillon aléatoire, nombre élevé de répondants, correction des biais socioéconomiques et sociodémographiques) donnent dans la plupart des cas des résultats très proches de la réalité des urnes. Mais proches ne signifie pas exacts. Il y a toujours une marge d’erreur. On est encore loin – et c’est plutôt rassurant – d’une prédictibilité absolue des résultats.

Mais c’est sur les messagers qu’il faut aujourd’hui tirer, pas sur le message qu’ils apportent.

06:00 | Lien permanent | Commentaires (19) | |  Facebook | | | |