17/08/2017

Fêtes de Genève: le peuple imbécile

Chaque année, c'est la même rengaine, qui fleurit dans les conversations, les réseaux sociaux ou les médias en manque de sujets. Le débat gagne même sérieusement la sphère politique. C'en est trop! Trop moches, trop chères, trop bruyantes, trop longues... Pour une certaine intelligentsia bien pensante, les Fêtes de Genève sont LA manifestation à abattre. Trop populaires, trop beaufs, trop peuplées, trop fréquentées. Leur Rade, il la veulent neutre, froide, dépouillée, pure, triste, morte. Pas question d'y voir, 10 jours par an, le bon peuple se l'approprier pour s'y amuser. Alors, chaque année, ils reviennent à la charge. Chaque année, la même rengaine, donc. Qui m'insupporte.

Pourtant, personnellement, je n'aime pas les Fêtes de Genève. J'évite autant que possible de me retrouver coincé dans cette foule compacte qui fait la nouba au son assourdissant de David Guetta, entre remugles de kebabs et parfums de Bollywood. Les manèges me donnent le tournis, et il y a belle lurette que j'ai cessé de dépenser mes économies aux stands des forains pour tirer sur des canards en plastique.

Les Fêtes de Genève, ça n'est pas trop mon truc. Et bien tant mieux! Genève est bien assez grande pour que je ne sois pas forcé de m'y rendre! Mais je laisse avec plaisir ceux qui y font la fête s'amuser comme bon leur semble. Et, visiblement, il faut avouer que ça marche. Les Fêtes de Genève sont une manifestation populaire qui a son public, fidèle, d'année en année. Elles enchantent les enfants, les touristes et tous ceux qui profitent de l'été à Genève, au bord de la plus belle Rade du monde!

Et, au final, c'est ça qui compte. N'en déplaise aux esprits chagrins. Si les Fêtes les dérangent tant que ça, ils n'ont qu'à pas y aller.

Le coût, les nuisances, le concept, tout est systématiquement remis en cause avec une insupportable pédanterie par ceux qui rêvent que ce bon peuple joue au bridge plutôt qu'au Jass, lise Dickens plutôt Dicker, regarde Pivot plutôt qu'Hanouna, écoute Mozart plutôt que Maître Gims. Qu'il est bête ce peuple qui s'amuse! Imbécile même! Ces élites là, pourtant, qui se réclament d'une sorte d'orthodoxie culturelle avant-gardiste, feraient mieux de se pointer de temps à autres aux Fête de Genève pour y voir le peuple prendre du bon temps, simplement, dans la joie et la bonne humeur. Cela les aiderait probablement à accorder leur discours moralisateur aux envies et aux besoins de cette Genève dont ils escomptent être les hérauts, mais qu'ils refusent obstinément de chercher à comprendre...

Alors, oui, elles sentent le graillon nos Fêtes. Elle puent la frite, la bière, le mauvais vin. Tout y est affreusement kitsch, des terrasses en simili cuir où se trémoussent les play-boys, à la petite grande roue. Des gosses qui bouffent de la barbe-à-papa aux manèges pourris hors de prix. De ces stands moroses de junk-food libanaise, asiatique, italienne, éthiopienne ou argentine. Culturellement, effectivement, c'est à se taper la tronche contre les Pierres du Niton jusqu'à ce que mort s'ensuive. Mais qu'est-ce que les gens y ont l'air heureux! J'y suis passé le dernier dimanche, par hasard, pour profiter des quais libérés des moteurs. Et je m'y suis, étonnamment, senti bien. Au milieu d'une foule qui ne demande qu'à s'amuser. Rien d'autre. On n'enrichit pas son cerveau, aux Fêtes de Genève. Il n'y a pas de "concept", pas de "sens", pas de "finalité téléologique". Rien qu'une esplanade géante où on ne choisit de prendre que ce qu'on veut bien y trouver. C'est déjà pas si mal, non?

Les Fêtes de Genève déplaisent parce qu'elles plaisent. Et que, dans cette foutue cité de Calvin, toute tentative de divertissement qui ne répond pas aux sacro-saints canons de l'intellectualisme culturel, est systématiquement attaquée, salie, remise en cause. A Genève, on a du mal à accepter ce qui est simplement, bêtement ou naïvement populaire. 

Or, rappelons-le, en politique, s'éloigner du populaire, c'est souvent laisser la place au populisme.

A l'approche des élections cantonales, certains feraient bien de garder à l'esprit cette maxime.

13:30 | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci, pour le ton et le fond. J'adhère sans réserve. Et je me languis de voir des individus de votre trempe prendre plus de place.
Merde, à ce stade faut assumer et faire ce qu'il faut pour se profiler.
Ou bien ?

Écrit par : Pierre Jenni | 17/08/2017

Article très bien écrit.

Écrit par : Gilbert | 18/08/2017

Effectivement, des socialistes comme vous, cela change de la bobocratie...
Mais la formule : "Or, rappelons-le, en politique, s'éloigner du populaire, c'est souvent laisser la place au populisme." me paraît un peu alambiquée. Ou tordue. Enfin, faudrait développer...
C'est curieux, ce genre de fêtes. Je crois que l'essence même, c'est le plaisir de la foule...
https://www.youtube.com/watch?v=xvijcuD6lbU

Écrit par : Géo | 18/08/2017

On peut défendre la classe ouvrière sans être démago, ni jouer l'idiot-utile de la classe opposée.

Votre message confirme qu'Hanouna et compagnie plaisent surtout à la classe moyenne éduquée - les bobos, selon Philippe Corcuff.

Écrit par : Bürger | 18/08/2017

Dans une paroisse, la Présidente des femmes était une épouse de cheminot. A chaque rencontre, c'était fête. Elle allait chez le coiffeur et mettait sa plus belle robe.
Sa retraite prise elle fut remplacée par une intellectuelle bobo qui chercha à se mettre "au niveau" de ces femmes pour la plupart femmes d'ouvriers voire ouvrières elles mêmes.
Elle fit si bien que ce groupe qui durait depuis de très longues années en quelques mois s'effondra.

Faut-il redire le mépris des intellectuels vis-à-vis de la classe ouvrière dite par ce bon Marx prolétariat sans pour autant négliger de l'utiliser et l'envoyer se faire descendre!?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 18/08/2017

"Hanouna et compagnie plaisent surtout à la classe moyenne éduquée - les bobos, selon Philippe Corcuff."
Bonjour le contre-sens...Bobo, cela veut dire bourgeois-bohême, à tout hasard. Je pense que détester Hanouna doit être leur premier principe...

Écrit par : Géo | 19/08/2017

Oui, en effet, votre article est fort bien écrit. Je vais, du coup, y réfléchir.

Écrit par : Plus | 30/08/2017

Les commentaires sont fermés.