21/03/2018

Mon Dieu ! Voilà qu’on reparle de laïcité…

laicité.jpgJeudi soir, le Grand Conseil sera probablement amené à discuter de l’épineux sujet de la laïcité.

Pour une fois, il ne s’agira pas d’une question financière qui cristallise traditionnellement les oppositions gauche-droite, mais bien d’un sujet éminemment politique, qui dépasse tous les clivages traditionnels. Un sujet passionnant, par essence, qui touche chacun-e d’entre nous. Un sujet émotionnel, aussi, où les positions et les opinions sont aussi nombreuses que tranchées. Bref, un beau débat de valeurs en perspective, même s’il faut reconnaître que les genevois-e-s ont probablement bien d’autres soucis actuellement que celui de savoir quelles relations l’Etat et les religions doivent entretenir !

Le projet qui est sorti de commission est le fruit d’un accouchement dans la douleur (j’en veux pour preuve la chancelante majorité obtenue, ainsi que le volumineux rapport de 800 page (sic!) que vous trouverez ici, et que je vous invite néanmoins à parcourir), tant les fronts sur cette question paraissent figés. Ce ne sont par ailleurs pas moins de quatre projets qui avaient été déposés en leur temps, avec des options radicalement différentes. Seule une petite majorité de raison est susceptible de faire émerger un fragile compromis… qui sera vivement contesté par la minorité sous la forme d’un référendum qu’on sait déjà inévitable.

On est donc bien loin d’avoir trouvé une solution au problème… qui n’existe finalement pas !

Depuis plus d’un siècle, en effet, Genève vit une paix confessionnelle que bien des démocraties nous envient. Loin d’avoir fait de la question religieuse un problème public, notre canton a toujours su empoigner cet enjeu avec un pragmatisme remarquable. Regardez ce qui se passe aux Etats-Unis (où le créationnisme est enseigné dans de nombreux Etat…), en Pologne (où on rigidifie les lois au profit d’une tradition catholique particulièrement vivace) ou même en France (où la question de la citoyenneté et de l’identité se heurtent à l’émergence des fondamentalismes). Rien de tel à Genève, où toutes les religions non seulement cohabitent avec harmonie, mais où l’Etat fait également preuve d’une distanciation que nul ne contestait jusqu’ici.

Lorsque des questions se posent – elles sont légitimes – on agit avec calme, en remettant au centre des débats le dense corpus législatif qui nous permet déjà de régler les éventuels soucis. C’est ce qu’a récemment fait, par exemple, le DIP concernant la laïcité à l’école, en publiant cette excellente brochure.

Ainsi, il semble bien qu’il n’y ait nul besoin de légiférer en la matière. Comme le dit avec brio mon éminent collègue Cyril Mizrahi dans les colonnes de la TdG de ce jour (21.03.2018), mettre à l’agenda politique la délicate question de la laïcité, c’est ouvrir une boite de Pandore qu’on aura bien du mal à refermer ensuite…

Le remède, sous couvert d’exhaustivité législative par définition impossible sur ce sujet, va donc se révéler bien pire que le mal (imaginaire…). Avec le la crainte qu’un projet susceptible de vouloir satisfaire tout le monde, risque au final de ne convenir à personne…

Je ne suis pas certain qu’aujourd’hui nous puissions nous payer le luxe de déterrer la hache de guerre confessionnelle.

Plus que jamais, comme le dit le proverbe, l’Enfer est pavé de bonnes intentions…

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Commentaires

"Depuis plus d’un siècle, en effet, Genève vit une paix confessionnelle que bien des démocraties nous envient."
Qu'est-il donc arrivé pour que cette paix soit menacée? Tout le monde connaît la réponse.

Écrit par : Mère-Grand | 21/03/2018

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