06/04/2018

Les 621 de l'ombre contre les 31 de la lumière

Les élections cantonales approchent à grands pas. Dans moins de 10 jours, Genève aura un nouveau Parlement. 100 député-e-s, auxquel-le-s s'ajouteront une poignée de suppléant-e-s. Un Parlement qui, rappelons-le, dispose d'un pouvoir considérable comparé à ses homologues d'autres cantons, car il est l'un des seuls à pouvoir proposer lui-même des projets de lois.

 

A Genève, c'est le Conseil d'Etat qui gère, mais c'est le Grand Conseil qui décide. Et pas seulement au niveau budgétaire. Il lui est loisible de modifier n'importe quelle loi à sa guise. Mieux, il peut aisément légiférer sur à peu près tous les domaines - et ils sont nombreux - qui relèvent de la compétence cantonale. Sans le Grand Conseil - et on l'a vu à réitérées reprises durant cette législature, le Conseil d'Etat ne peut rien faire. Et s'il vient au parlement l'idée de légiférer, de demander des comptes ou de prendre soudain les rennes de la gouvernance politique (comme cela lui arrive parfois de le faire), le Conseil d'Etat prend acte et (s')exécute. Le pouvoir, c'est la chambre du peuple qui le détient. Un pouvoir fractionné, divisé par 100, mais un pouvoir réel.

 

C'est dire si l'enjeu de ces élections est important! Car, de la couleur que les électeur-trice-s donneront au Grand Conseil, dépendra une grande partie des politiques publiques qui feront Genève ces cinq prochaines années.

 

Il y a aujourd'hui 621 candidat-e-s, tou-te-s plus motivé-e-s les un-e-s que les autres. Ils/elles arpentent le pavé depuis des mois, hantent les réseaux sociaux, participent à des rencontres, des réunions publiques, répondent aux journalistes, défendent leur programme, dans la rue, dans les associations, dans les réseaux. Ils/elles se sont lancé-e-s dans l'aventure d'une campagne passionnante, en y investissant du cœur, de l'énergie, de la conviction. Souvent au détriment de leur vie de famille, de leur boulot, de leurs loisirs. Une campagne assez magnifique lorsqu'on voit l'implication et l'engagement, tous partis confondus, de ces 621 personnes qui se battent pour faire triompher leurs idées et leurs convictions. Une campagne avec du contenu, avec des programmes, avec des affrontements d'idées, des guerres idéologiques, des combats de valeurs. Bref, cette campagne pour le Grand Conseil se déroule sur le terrain, dans la rue, proche des gens, en essayant, au mieux, de répondre à leurs questions et leurs préoccupations légitimes. Elle est engagée, elle est belle, elle est réelle, elle est sincère.

 

Et pourtant...

 

Pourtant, hormis dans quelques médias locaux (on saluera notamment ici le travail d'un Pascal Décaillet, qui a donné la parole à pas moins de 104 de ces candidat-e-s), l'essentiel des relais médiatiques de cette campagne se focalise exclusivement sur l'élection au Conseil d'Etat.

 

Et si au moins on y parlait véritablement politique, projets, programmes, idées, bilan. Non, on préfère visiblement taper sur les "affaires", les couacs, les dysfonctionnements, les postures, les apparences, la communication, les manœuvres... Bref, on parle de tout... sauf de politique. Quel gâchis!

 

Cet état de fait, s'il n'est pas nouveau, semble avoir pris une ampleur inquiétante. Une ampleur que l'on doit malheureusement à la tendance de plus en plus marquée de personnaliser l'action politique, au détriment des idées défendues. Entendez par là qu'on juge moins les candidat-e-s sur leur programme que sur l'image qu'ils/elles renvoient, exploitent ou médiatisent. 

 

On ne vote plus pour des partis, pour des idées ou pour des programmes. On vote pour des produits, qui sont sympathiques/gentils/intelligents/efficaces/beaux/souriants/sérieux... des adjectifs positifs. Des valeurs certes importantes. Mais on vote aujourd'hui pour l'emballage, et plus pour le contenu.

 

Les 31 aussi mènent une campagne intense, rien à redire de ce côté-là, et je leur tire mon chapeau. Quand on sait ce qu'une campagne au Conseil d'Etat demande comme disponibilité, comme investissement et comme sacrifices, on ne peut être qu'admiratif envers celles et ceux qui s'y frottent.

 

Mais cela ne doit pas nous faire oublier que le pouvoir, le vrai pouvoir, celui qui façonnera la Genève de demain, ce sont 100 heureux/euses élu-e-s, parmi les 621, qui le détiendront.

 

Il serait bon de s'en souvenir et de se renseigner au moment de voter. Les 621 de l'ombre contre les 31 de la lumière.

 

Il vous reste 9 jours pour faire votre choix.

 

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